Être très fort ou très explosif : qu’est-ce qui compte le plus au rugby ?

Le rugby (XV ou XIII) est un sport de collisions : plaquages, percussions balle en main, rucks, mêlées, sprints répétés… Une question se pose :

Pour mieux performer en match, vaut-il mieux être très fort (force max) ou très explosif (force-vitesse) ?

Une revue systématique avec méta-analyse s’est penchée sur cette question, en regardant le lien entre ces qualités physiques et les statistiques de match (KPI).

Rugby : des stats qui comptent

Les auteurs se sont intéressés à plusieurs indicateurs clés de performance (KPI) en match, par exemple :

  • Les plaquages (réussis, ratés, dominants…)
  • Les ballons portés et les percussions balle en main (hit-ups)
  • Les franchissements de ligne
  • Les erreurs de main (en-avants, ballons lâchés, passes ratées…)
  • Les rucks et autres actions de jeu

Force maximale vs force-vitesse : de quoi on parle ?

Force maximale

C’est la capacité à produire le plus de force possible, en général avec des charges lourdes et des vitesses lentes. Exemple typique : le 1RM squat (squat le plus lourd possible sur une répétition).

Force-vitesse / « explosivité »

Ce sont les actions réalisées sans charge ou avec une faible charge (jusqu’à environ 60 % du poids de corps), où l’on cherche surtout à aller le plus vite possible : sauts verticaux avec contre-mouvement (CMJ), sauts en contrebas (drop jumps) et autres exercices de plyométrie.

Les deux qualités sont importantes… mais laquelle est la plus liée aux performances de match ?

Ce que la recherche a fait

Les auteurs ont :

  • Regroupé les études qui mesuraient force maximale et force-vitesse à l’entraînement
  • Récupéré les corrélations avec les KPI en match (plaquages, ballons portés, franchissements, erreurs…) ;
  • Comparé, pour un même KPI, laquelle de ces qualités était la plus liée à la performance (force max ou force-vitesse).

Plaquer : la force max en première ligne

Pour tout ce qui touche aux plaquages, la tendance est claire : plus un joueur est fort en force maximale (souvent mesurée par le squat lourd), meilleurs sont ses KPI de plaquage (plus de plaquages efficaces, moins de plaquages ratés).

Cela colle bien avec la biomécanique du plaquage : il faut produire et maintenir des forces importantes pendant plusieurs secondes pour changer l’élan de l’adversaire. Dans ce registre, la force maximale joue un rôle central.

Erreurs de main : les joueurs les plus forts se trompent moins

Un autre résultat important de la méta-analyse : les joueurs les plus forts en force maximale ont tendance à faire moins d’erreurs de main (en-avants, ballons lâchés, pertes de balle au contact, etc.) que ceux qui misent surtout sur l’explosivité.

La force maximale semble aider à :

  • Mieux résister à la fatigue
  • Mieux encaisser les contacts
  • Donc à garder une bonne qualité technique plus longtemps (prises de balle, passes, tenue du ballon au contact).

Ballons portés, percussions et franchissements : un peu plus nuancé

Pour les ballons portés et les percussions balle en main (hit-ups) : quand il s’agit de charges frontales, d’impacts et de mètres gagnés après contact, la force maximale semble prendre l’avantage.

En revanche, lorsque le ballon porté implique davantage de jeu de course, d’appuis, d’évitement et de passes, la force-vitesse gagne en importance.

Pour les franchissements de ligne, la méta-analyse ne retrouve pas de gagnant clair entre force maximale et force-vitesse. Ce KPI est très multifactoriel : parfois on franchit en cassant un plaquage (force, puissance au contact), parfois en jouant sur la vitesse, les appuis, le décalage créé par les passes ou la lecture du jeu.

En résumé, pour les franchissements, la musculation reste un support, mais la différence ne se joue pas uniquement entre force maximale et force vitesse.

Alors, qu’est-ce qu’on en fait sur le terrain ?

Les résultats de cette méta-analyse suggèrent :

  • La force maximale est la base : elle est clairement liée à la qualité des plaquages, à une réduction des erreurs de main et à la capacité à encaisser la charge de travail et les contacts en match.
  • La force-vitesse / explosivité reste importante, mais plutôt comme complément : utile pour les franchissements, les ballons portés avec appuis / évitement et le jeu de vitesse et de déplacement.
  • Le style de jeu et le poste comptent : une équipe qui joue très direct, avec beaucoup de percussions et de collisions, a tout intérêt à développer fortement la force maximale ; une équipe qui mise davantage sur la vitesse, les décalages, les appuis et les offloads bénéficie davantage du développement de la force-vitesse sur un socle de force maximale solide.

En clair

  • Au rugby, être très fort (force maximale) est au moins aussi important, et souvent plus important, qu’être simplement « explosif ».
  • Pour les plaquages et les erreurs de main, la force maximale ressort comme la qualité physique la plus liée aux bons KPI.
  • Pour les ballons portés et les franchissements, la force-vitesse joue un rôle, mais toujours sur un socle de force maximale.
  • Pour un préparateur ou un joueur, la priorité raisonnable est donc : d’abord construire un vrai niveau de force maximale, puis affiner l’explosivité selon le poste et le style de jeu.

Sources :

  • James, L. P. et al. (2025). Does Maximal Strength or Speed-Strength Have Stronger Associations with Performance Indicators in the Rugby Football Codes? A Systematic Review and Meta-analysis. Sports medicine (Auckland, N.Z.), 10.1007/s40279-025-02342-y. Advance online publication. https://doi.org/10.1007/s40279-025-02342-y

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